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Tabagisme passif : pourquoi est-il si dangereux ? Comment le prévenir ?



En général, les fumeurs connaissent les risques qu’ils encourent pour leur propre santé : cancer du poumon, maladies cardiovasculaires… Mais ils n’ont pas toujours conscience des dangers auxquels ils exposent leur entourage. Ce tabagisme passif touche les enfants, les conjoint(e)s, les collègues, les ami(e)s et toute personne inhalant à son insu les vapeurs toxiques du tabac.

Tabagisme passif : risque maximal à domicile ou en voiture

Le risque atteint son maximum dans les lieux fermés et mal ventilés, comme un domicile ou une voiture, et il augmente avec la durée d’exposition. Lorsque le fumeur exhale la fumée de sa cigarette, les produits issus de la combustion se dispersent dans l’air ambiant. Ils vont ensuite se déposer sur les meubles et se fixer sur le tissu des fauteuils, des rideaux ou des vêtements. « Nos études ont montré que ces particules peuvent persister plusieurs jours », constate la Pre Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Inserm, spécialiste d’épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires. 

Ces composés chimiques peuvent également interagir avec d’autres polluants de l’air intérieur (formaldéhyde, ozone…) et, par réaction chimique, former des polluants secondaires tout aussi dangereux que ceux du tabac.

S’ils sont évidents dans des locaux fermés, il faut savoir que les risques du tabagisme passif persistent à l’extérieur, par exemple en terrasse ou sur une plage. « Ces risques ont été mis en évidence à quelques mètres d’un fumeur, dans des conditions stables comme l’absence de vent », explique la Pre Annesi-Maesano. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle de nombreuses plages sont interdites aux fumeurs.

Qui sont les fumeurs dits passifs ?

Les enfants sont les premières victimes

Les plus vulnérables face au tabagisme passif sont les enfants, les femmes enceintes et les personnes fragilisées par la maladie. En cours de grossesse, les substances nocives passent du sang de la future maman à celui du fœtus. Une étude récente de l’Inserm, du CNRS et de l’université de Grenoble montre que le placenta garde une trace de cette intoxication, sous la forme d’altérations de l’ADN, même chez les femmes qui ont arrêté de fumer trois mois avant de tomber enceinte.

Les animaux de compagnie souffrent aussi du tabagisme passif

Les animaux de compagnie ne sont pas à l’abri de ce tabagisme passif. Des études ont montré que l’exposition à la fumée du tabac pouvait provoquer des troubles respiratoires, une prise de poids et des cancers chez les chiens, les chats et même chez les poissons rouges très sensibles à la nicotine et à l’ammoniac du tabac. Les chats qui lèchent fréquemment leur pelage semblent particulièrement exposés. 

Tabagisme passif : mêmes effets sur la santé que le tabac

Les particules fines et les composés organiques volatils dérivés du tabac pénètrent très profondément dans l’organisme et vont toucher plus particulièrement le cœur et les poumons. Conséquences : le risque de développer un cancer du poumon ou une maladie cardiovasculaire est augmenté de 25 % chez une personne exposée au tabagisme passif. Certaines études établissent également un lien avec d’autres types de cancers (larynx, pancréas…). 

Fumer pendant la grossesse affecte la croissance du fœtus et augmente très nettement le risque de donner naissance à un bébé pesant moins de 2,5 kg.

Chez les nouveaux-nés, le risque de mort subite du nourrisson est multiplié par deux dès lors que l’un des deux parents est fumeur. La proportion est encore plus élevée si les deux parents fument.

Plus tard dans l’enfance, c’est toute la sphère ORL qui est impactée par le tabagisme passif. Ainsi, le risque de bronchite augmente de 72 % et de 48 % pour les otites. 

Par ailleurs, de nombreuses études ont montré qu’un enfant dont la mère a fumé a un risque accru de devenir asthmatique. « Au Royaume-Uni, une étude a même montré que ce risque existe si la grand-mère était fumeuse, alors que la mère ne l’était pas », souligne la chercheuse. 

Enfin, une étude présentée en 2015 par la Pre Annesi-Maesano et son équipe a montré que les enfants d’âge scolaire, exposés au tabagisme passif avant et après leur naissance, présentent davantage de troubles du comportement (repli sur soi, agitation…) que leurs petits camarades. « Notre hypothèse est que la nicotine attaque les cellules neuronales en formation », précise-t-elle. 

Aérer en grand, la meilleure solution

Pour se protéger du tabagisme passif, l’aération est la meilleure solution. Il faut ouvrir les fenêtres en grand, très régulièrement, pour diluer les substances nocives dans l’air ambiant ; sans oublier de nettoyer toutes les surfaces sur lesquelles la fumée du tabac se dépose.

Les purificateurs d’air, des appareils censés filtrer les polluants, ne suffisent pas à assainir l’atmosphère. « On est loin du compte en termes d’efficacité. Ce appareils ne parviennent pas à attraper les particules ultrafines », estime la Pre Annesi-Maesano.

Des lois protectrices pour les non-fumeurs

Depuis la loi Evin de 1991, une succession de mesures législatives ont permis de mieux protéger la population contre les dangers du tabagisme passif.

  • Depuis 2007, il est interdit de fumer dans l’ensemble des lieux publics, les cafés, les restaurants, les hôtels, les transports en commun et sur les lieux de travail.
  • Depuis 2015, il est également interdit de fumer dans un véhicule en présence d’un enfant mineur de moins de 18 ans. 

Ces mesures ont eu un impact, mais celui-ci semble encore insuffisant. Selon des données publiées par Santé publique France en février 2020, 15,7 % des adultes déclaraient en 2017 avoir été exposés à la fumée du tabac sur leur lieu de travail. Les ouvriers sont davantage concernés par ce tabagisme passif (27,4 %) que les cadres et les professions intellectuelles supérieures (6,4 %).

Les efforts sont plus conséquents dans la sphère privée. Si 52 % des fumeurs quotidiens fumaient à domicile en 2014, ils n’étaient plus que 37,9 % en 2018. Il semble que ces fumeurs aient pris conscience des dangers du tabagisme passif pour les enfants puisque la fréquence du tabagisme à domicile dans les foyers comprenant un enfant de moins de 4 ans est passée de 31,6 % en 2014 à 14,4 % en 2018. 

Un nombre de victimes mal évalué

Le nombre de décès attribuables au tabagisme passif reste mal évalué. En 2002, une étude donnait une fourchette allant d’un millier de personnes (en ne prenant que les non-fumeurs victimes de tabagisme passif) à 6 000 décès par an (incluant les fumeurs eux-mêmes touchés par le tabagisme passif), en France. 

Au-delà de ces chiffres très imprécis, la Pre Annesi-Maesano rappelle qu’à l’heure actuelle plus de 30 % des Français fument, ce qui l’amène à cette conclusion : « Le risque de contact avec la fumée du tabac reste élevé. »



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